#47

Christophe Mentuy

Déchéance de nationalité, creuset et synthèse d’un mandat Hollandais

Voici les trois raisons pour lesquelles, il est inopportun de modifier la constitution à ce sujet.

  1. Constitutionnalisation de la déchéance de nationalité : un préambule à la réintroduction de la peine de mort

Il suffit de voir avec quel entêtement tactique le président de la république soutient cette ancienne proposition d’extrême-droite pour comprendre à quel point, celle-ci est aujourd’hui emblématique. Les sondages indiquent que 85 % des Français soutiennent majoritairement François Hollande dans sa démarche – ou vice-versa – bien que les contours de cette fameuse Déchéance ne soient pas encore clairement définis. C’est dire si ma position est minoritaire dans un paysage post-attentas où tout est devenu envisageable. Et pourtant change t’on la constitution pour modifier la durée d’un mandat lorsqu’un président arrive au terme du dernier ? et modifie t’on la constitution lorsque l’on se trouve en état d’urgence au sujet de ce même état d’urgence ? Poser ces questions, c’est déjà y répondre. Certaines voies s’élèvent ici et là pour murmurer que l’on vient subrepticement de rentrer dans une période post-démocratique, seule l’histoire nous le dira tant les évènements que nous avons connus semblent en mesure de transformer durablement la société Française. Le risque de voir notre société sous la coupe des Faucons de tous poils, par manque de confiance en notre pacte républicain, est la piste à laquelle, je m’oppose par nature, mais que je privilégie aujourd’hui. Personnellement, je fais entièrement confiance en nos institutions et je ne ressens aucun besoin pressant de restreindre nos libertés individuelles.

Pourtant ces débats, ou plutôt ces vitupérations, ne sont que les prémices d’autres régressions : celle de la réintroduction de la peine de mort dans notre pays. Quoi qu’on en dise, le propos ainsi que les injonctions à penser d’un premier-ministre peu porté sur les humanités en général nous placent de fait dans cette dynamique, et la réintroduction de la peine de mort semble la prochaine transgression sémantique d’un débat public, qui ne manquera pas d’être alimenté par une extrême-droite assoiffée de régressions désormais devenues victorieuses.

A n’en pas douter, la France continuera à être la cible d’attaques terroristes – état d’urgence ou pas – et dire le contraire serait irresponsable. Constitutionaliser cette « assurance attentat » afin de rassurer les Français est non seulement inutile, liberticide mais contre-productif. C’est bien davantage qu’une légitimation des thématiques d’extrême-droite, c’est une reconnaissance à postériori de celles-ci, qui par ce biais mineet dissimule le discours et les solutions auxquelles je suis attaché. Le mutisme du Front National, sur ce sujet, est d’ailleurs la confirmation éclatante de sa victoire sur ce front idéologique.

  1. La « Déchéance de la nationalité » : un fourre-tout législatif révélant les crises des sociétés Françaises et Européennes

L’on a cru tout d’abord que les terroristes étaient étrangers, puis à notre stupéfaction, nous nous sommes rendu-compte que ceux-ci étaient Français ou Francophones. Alors, la machine de déshumanisation s’est mise en branle comme alpha et oméga à tous les problèmes rencontrés. Comme je le disais au chapitre précédent, sans invoquer la peine de mort, pour l’instant, mais cela pourrait venir plus vite que l’on ne le pense. Cette déshumanisation de « l’ennemi », nous la retrouvons dans la propagande dans les périodes d’avant-guerre, c’est l’effet « bouc-émissaire » à l’échelle de la société et non plus d’un petit groupe d’individus.

Il va sans dire que la justice et tous les attributs séculiers de la république soient mis à contribution pour entraver et enrayer ces folies extrémistes meurtrières. Mais de là à taire la responsabilité collective au sujet du mal-vivre de ces anciens jeunes adolescents des banlieues que l’on déshumanise maintenant à dessein lorsqu’ils ont pris le mauvais chemin, il y’ a qu’un pas qui a été allègrement franchi. Les autres, c’est à dire la grande majorité des teneurs de murs criant leurs désespoirs ici où là peuvent bien attendre, ils continueront à susciter le mépris d’une partie de leurs compatriotes pensant probablement avoir déjà tout fait pour eux.

Les jeunes terroristes Français, et j’insiste sur le terme, même s’ils ont tués des dizaines de personnes, n’en restent pas moins jeunes, Français et…Hommes avant tout. Et si l’on y pense, ce sont également d’anciens enfants, avec des rêves et des espoirs envolés…. devenus un jour de sordides tueurs sanguinaires. Et ce n’est pas rechercher des excuses à leurs gestes insupportables que d’ajouter que ceux-ci ont grandi dans des milieux difficiles sans aucuns espoirs de vie meilleure, d’intégration, ou de bien-être social. Et de fait, cette misère sociale sans espoirs – hors du champ des possibles qu’auraient pu permettre la république – a été le terreau idéal à la radicalisation de ces individus par le biais d’une robuste et efficace manipulation de masse mise en place par Daesh sur le web. Daesh garantit aujourd’hui l’aventure, du moins c’est comme cela que ces gamins voient les combats en Syrie paraît-il, à certains damnés Européens, que propose l’UE, ou la France à sa jeunesse ?

Rien n’excuse les atrocités que nous avons tous vus – et pourtant – des sifflets de la marseillaise dans les stades il y’a quelques années, en passant par les émeutes de 2005, aux attentats de Toulouse pour en arriver à ceux de 2015. La gradation d’une seule et même révolte, instrumentalisée et armée opportunément par Daesh, est désormais évidente. D’autant plus qu’elle fait suite à des promesses politiques non tenues, depuis plus de trente ans, au sujet de ces mêmes banlieues. Il semble à voir l’état de Molenbek en Belgique que nous n’ayons pas la palme dans ce domaine du désinvestissement de l’état dans les banlieues

Le fait est là : de jeunes hommes Français se sont transformés en tueurs fanatiques pour achever leurs courtes vies en bombes humaines. Et dans ce constat funeste, la société Française, ainsi que l’UE, ont une part de responsabilité, qu’elles dissimulent actuellement dans de discrets centres de dé-radicalisation ou des hot-spot de tri, inefficaces au demeurant.

La responsabilité de la société ne peut être esquivée, c’est celle de l’échec des politiques menées par le PS et LR depuis une trentaine d’année sur le front de l’emploi. La crise comme on dit depuis un moment déjà sans savoir si elle se terminera un jour tellement elle semble inexorable. Au nom de chimères comme l’euro, la mondialisation, ou du libéralisme Européen, l’emploi n’a été qu’une variable d’ajustement de ces volontés politiques Françaises et Européennes. Alors oui, comme il se dit ces jours-ci, nous n’avons pas tout essayé, oui nous n’avons pas envisagé de modifier l’euro, dont on connait aujourd’hui les tares, ou limiter la mondialisation ou dépasser cette Europe de la concurrence libre et non faussée et de la libre circulation des biens et marchandises par une Europe Humaine.

Il existe d’autres voies économiques, que la doxa conservatrice du moment réprouve, et nous ferions bien d’inverser ces politiques économiques (dont on connait les résultats néfastes sur la population Européenne) afin de nous pencher sur nous-mêmes. Et pour ce billet, il s’agit des déshérités de nos banlieues souffrant probablement autant du sentiment d’injustice (réel et/ou ressenti) que d’un manque de perspectives béant. Un plan Marshall à leur endroit, souvent évoqués à gauche mais jamais réalisé, aurait été une bonne idée capable de créer une dynamique ainsi qu’un projet fédérateur au plan national. Au lieu de cela nous avons eu de la com’ au sujet des banlieues et quelques micro-budgets saupoudrés mais très médiatisés.

  1. La déchéance de nationalité : paradoxe d’un mandat Hollandais propulsé par sa gauche et terminant sa course à droite

C.Taubira passée par-dessus bord du gouvernement, les errements populistes actuels d’un président bien dans ses bottes sont extrêmement préoccupants pour les équilibres politiques et sociaux.

Les magistrats – devenus inaudibles dans le fatras médiatique actuel – confirment pourtant, sans guère susciter d’échos que non seulement les libertés individuelles sont en train de se rétrécir comme peau de chagrin – et il semble que la majorité de Français s’y soient déjà résignés – mais que la démocratie elle-même est en danger. Propos déclinistes exagérés, dr la part d’un profession qui voit ses prérogatives amoindries ? probablement.

Un an après, nous ne sommes plus du tout Charlie, nous sommes devenus apathiques, et – à défaut de raison – ultraconservateur étasunien, cul par-dessus tête de Charlie. Les collectifs de progrès se limitent aujourd’hui aux seuls partis du Front de Gauche. Incompréhensiblement le PS suit, dans sa grande majorité, une politique libérale, conservatrice et régressive, qui incomprise par son propre camps, ne donne aucuns résultats. Le Front national est à l’affut, il n‘ajoute ni ne propose quoi que ce soit puisque tout semble en mesure de le faire progresser. LR est actuellement déjà dans sa primaire, et la lutte de ses chefs est un horizon indépassable ne permettant pas à leurs leaders de sortir de leurs postures sécuritaires, représentation faite d’une certaine idée d’un protectorat armé et bienveillant selon leurs sensibilités. Nous sommes donc bien seuls à regarder le train des tours de vis passer.

Cette fin de quinquennat est extrêmement pesante, s’il y a lieu de parler de déchéance, c’est probablement celle de cette majorité ayant été bien élue à gauche et terminant son mandat dans une cacophonie générale et renvoyant actuellement les mêmes éléments de langage aux médias que ceux de la majorité précédente. François Hollande n’a plus la légitimité pour modifier la constitution – que l’on ne change pas tous les quatre matins – et il devrait en conséquence s’abstenir de faire quoi que ce soit dans ce sens.

Le péché de François Hollande n’aura pas tant été de faire une politique économique de droite, que de rompre le pacte qu’il avait scellé avec son électorat de gauche durant la campagne de 2012. Ce qui est paradoxal, c’est de voir aujourd’hui que l’électorat de droite, lorsqu’on l’entend par presse interposée, déclare la même chose au sujet de Nicolas Sarkozy « il n’a pas fait ce qu’il avait promis ». Ces deux échecs de gauche et de droite – auprès de leurs électorats respectifs – doivent nous interpeller. Puisque c’est de ces ressorts que se nourrit aujourd’hui le front national, parti qui a séduit 25 % des électeurs de Sainte-Bazeille.

PS : mon épouse et mes enfants étant binationaux, l’injure qui leur est actuellement faite m’est insupportable. Ce ressenti d’ordre irrationnel est probablement bien plus malsain toutes ce que l’on peut invoquer par ailleurs.

Premier billet post-partum Peuples.net

Après cinq années et 1300 billets publiés sur Peuples.net, entre 2007 et 2012, et plusieurs millions de visiteurs uniques cumulés, la lassitude et surtout la fatigue me firent arrêter cette magnifique aventure.  Trois années de césure plus tard, la construction d’un maison et un mandat électoral de conseiller municipal après, la fraîcheur et surtout l’envie de renouer avec ce mode de communication formidable est à nouveau présente.

Je suis donc très heureux de vous livrer la première mouture de cette toute nouvelle plateforme, qui n’en doutons pas évoluera. Et vous ne couperez pas, comme par le passé aux détails techniques du ventre de la bête…

Son hébergement se fait toujours sur OVH à Roubaix, mais  contrairement à Peuples.net, j’ai opté pour un CMS WordPress. Celui-ci s’avère très facile d’utilisation mais semble un peu moins pointu que Dotclear, du moins si l’on aime coder en CSS. J’ai choisi un très beau thème d’Anders Noren que vous découvrez en lisant ce billet. Il est d’ailleurs plus facile d’ouvrir un blog aujourd’hui qu’en 2007.

Passé ces détails techniques qui m’ont toujours intéressés, le blog reste pour moi, le meilleur moyen d’interconnexions entre personnes, principalement sur le sujet qui fait citoyenneté, pour ne pas dire débat, celui de l’agora: la politique. Ce terrain m’anime toujours autant, c’est pourquoi j’y reviens avec grand plaisir et ce coup-ci, je suis de retour avec un prénom, un nom et un mandat électoral populaire sur la commune de Sainte-Bazeille dans le lot et Garonne.

Je ne vous cache pas, et beaucoup de mes confrères vous le diront (probablement ou pas d’ailleurs?) qu’il y’ a toujours une émotion intense lors de la publication d’un billet, et à fortiori lorsque celui-ci est le premier sur une toute nouvelle plateforme. J’espère donc que celle-ci trouvera son public, tout comme la précédente, et je souhaite vous lire très bientôt dans les commentaires de mes articles.

Un détail d’importance, les commentaires seront modérés à priori, c’est à dire qu’ils ne seront publiés qu’après « modération ».

 

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